ODD et définition de l’impact social : clarification ou simplification excessive ?
Premier apport incontestable des ODD pour l’investissement à impact : leur capacité à standardiser le lexique du secteur. Face à la myriade de concepts en compétition (« impact social », « externalités positives », « utilité sociale », « bien public », etc.), les ODD offrent un point d’ancrage lisible pour des acteurs très variés.
Les grands gestionnaires d’actifs durables (cf. BlackRock, Amundi, AXA IM) intègrent désormais systématiquement la cartographie ODD dans leurs politiques d’investissement responsable, que ce soit pour la création de fonds ou le reporting d’impact (cf. rapports annuels ESG 2022-2023).
Cependant, l’universalité de ce référentiel a un coût : il peut conduire à des stratégies d’impact très différentes, toutes « ODD-compatibles » en apparence, mais dont l’intentionnalité et la matérialité restent à démontrer.
Des exemples d’écarts interprétatifs
- Un investisseur qui finance l’accès à l’eau potable en Afrique (ODD6) fait-il réellement le même type d’impact social qu’une entreprise qui optimise son usage industriel de l’eau en Europe ? Les niveaux d’ambition et de transformation diffèrent largement.
- Un fonds se réclamant de l’ODD8 (« Croissance économique et travail décent ») peut financer des initiatives très diverses, de la création d’emplois à l’optimisation de process RH, sans nécessairement répondre à des enjeux d’emploi inclusif ou d’amélioration des conditions de travail.
C’est dans cette tension entre clarté référentielle et plasticité sémantique que se loge la principale limite des ODD comme vecteur de délimitation de l’impact social : ils offrent un cadre, mais insuffisent la rigueur méthodologique nécessaire pour passer de la déclaration d’intention à la matérialité de l’impact.