Trois grands cas d’investissements non additionnels à utilité sociale
Financement d’infrastructures publiques déjà planifiées
De nombreux fonds à impact s’engagent dans des projets de construction d’écoles, de centres de santé ou d’infrastructures de transport dans les territoires où les pouvoirs publics ont déjà prévu — et financé — ces équipements via les budgets d’investissement ou les plans pluriannuels. Que se passe-t-il alors ?
- L’apport privé ou à impact prend la place d’un financement public (phénomène dit de crowding out), sans accélérer les calendriers ni renforcer la capacité d’accueil ou les usages.
- Le projet voit le jour dans les mêmes conditions, mais le financeur privé peut mettre en avant un « impact social » à la fois indéniable (une école ou un hôpital), mais nul d’un point de vue additionnel.
Illustration concrète : des obligations à impact (« social bonds ») ont parfois financé la construction de collèges ou d’hôpitaux déjà engagés dans les plans locaux d’équipement et dont la réalisation aurait eu lieu, l’effort public s’adaptant simplement à la disponibilité d’autres sources.
Capital-investissement dans des entreprises sociales opportunistes
La croissance de l’entrepreneuriat social attire de nombreux fonds, parfois au détriment du critère additionnel. C’est le cas lorsqu’un financeur à impact entre dans un tour de table alors que l’entreprise dispose déjà de toutes les ressources nécessaires pour sa croissance : abondance d’offres concurrentes, accès au crédit bancaire, ou appétit du capital-risque traditionnel.
- L’apport supplémentaire n’engendre pas de développement additionnel, n’ouvre pas de nouveaux marchés ni de segments vulnérables.
- L’utilité sociale, réelle, était de toute façon atteinte, l’intervention du fonds à impact se bornant à un effet de levier financier, souvent pour des raisons d’image ou de reporting.
Exemple emblématique : en Europe, plusieurs acteurs ont investi dans des plateformes de l’économie sociale déjà financées par des investisseurs classiques. L’analyse ex post, via des indicateurs de suivi, montre que la courbe de croissance aurait été identique, l’additionnalité des nouveaux investisseurs restant faible à nulle (GIIN, Financial Additionality).
Soutien à des produits financiers labellisés sans orientation de capital nouvelle
Avec la prolifération des fonds d’investissements « ISR » ou « impact social », un phénomène de « greenwashing social » est observé : les capitaux se dirigent vers des titres ou supports déjà quasi-sûrs, comme ceux des grandes entreprises de services d’intérêt général (énergie, eau, transport collectif), dont la contribution sociale est attestée mais dont le besoin en capital n’est pas dépendant de ce nouvel apport.
- Le capital collecté dans ces fonds ne modifie pas la capacité d’investissement, la structure d’endettement ou l’expansion des entités financées.
- Le reporting met en avant l’utilité sociale inhérente au sous-jacent (logement social, infrastructures durables), mais l’effet net est nul puisque ces organismes auraient levé le même capital sur d’autres segments de marché.
Rapporté par Novethic ou encore Finance for Tomorrow, ce phénomène aboutit à des portefeuilles peu risqués pour les investisseurs mais n’entraîne aucune augmentation mesurable de la capacité à répondre aux besoins sociaux.